Annie Saumont est sans doute LA grande nouvelliste française de la fin du vingtième siècle, avec plus de vingt recueils à son actif salués chaque fois par des articles élogieux et récompensés par plusieurs prix. Ce numéro s'attache à montrer la... Lire la suite
Annie Saumont fait parler les minuscules. Les voix sont celles d'exclus, de sans voix, précisément, de ceux que la société moderne infantilise, prive de parole et d'écoute. Elle fait parler des êtres fragiles, meurtris par leur enfance ou leur adolescence, frappés par la vie, cassés par ses drames, même si elle ne porte jamais de jugement moral, s'effaçant avec une grande générosité. Elle a l'art de faire croire, par une écriture simple en apparence, en réalité très élaborée, que c’est bien ce personnage qui raconte des bribes de sa vie. La nouvelle n’est pas linéaire, elle fait résonner le passé, l’événement catastrophique dans le présent, où il fait résurgence. Elle accorde également, précise Jean-Noël Blanc, une attention au minuscule, au détail, tant dans son écriture que dans ses traductions. Le penchant pour le monologue, chez elle, est une façon de récuser la notion de personnage. Jean-Noël Blanc livre ainsi quelques points permettant de pénétrer plus avant l’écriture d’Annie Saumont. Johan Faerber puis Agnès Cambier comparent le style d’Annie Saumont à celui de Nathalie Sarraute. Une sous-conversation spécifique à la nouvelliste est en outre analysée par Yvon Houssais qui convoque l’entrelacs. L’oralité, omniprésente, fait le lien avec les traductions d’Annie Saumont. Corinne François Denève montre que la traduction n’est pas éloignée de l’activité d’écrire et qu’elle lui a sans doute imprimé son style très particulier. Le traducteur disparaît devant un texte, se fond avec un auteur pour lui donner de nouveaux mots qui s’expriment pour lui, comme lui. Marie Odile André retrace le parcours d’Annie Saumont. Elle dit, tout comme l’auteure dans l’entretien qui clôt le présent volume, la persévérance dont il a fallu faire preuve pour faire paraître, d’abord, le premier recueil et pour continuer, ensuite, dans la voie des nouvelles sans jamais repasser par la case « roman ». René Godenne va dans le même sens en détaillant les différents modes de publications des nouvelles d’Annie Saumont. La palette des thèmes abordés est très riche et les nouvelles se situent en France ou dans le monde entier ; elles s’attachent à l’humain, qui est au centre de son travail, saisi sous toutes les lattitudes. La plupart des sujets sont lourds : suicide, inceste, viol, violences, morts violentes d’enfants, référence à la seconde guerre mondiale, à la Shoah. Mais il est aussi des sujets légers : humeurs d’une dame fortunée à l’égard de sa femme de ménage (« Allah est grand »), jeune fille qui se cherche (« La guerre est déclarée »), emploi du temps surchargé d’une mère de famille qui voudrait écrire (« La plus belle histoire du monde »). Dans ces textes, rien de dramatique mais Annie Saumont prouve qu’il n’y a pas de sujet léger, et, inversement, que même à propos de sujets graves, il peut y avoir des traits d’esprit, voire d’humour.
Le volume comporte aussi des nouvelles inédites d’Annie Saumont, des interventions d’auteurs qui connaissent bien son travail, une bibliographie et un entretien avec l’auteure.
PREMIÈRE PARTIE
Géographies Identitaires et Écriture de l'Autre
Bruce Bennett — Interculturalité : Australie, France et Asie-pacifique
Bill Harrison — Littérature Aborigène : Réalité ou Fiction ?
Salhia Ben Messahel — Des mots blancs sur la page noire : Le dilemme indigène de Tim Winton
Peter Brown — La Nouvelle-Calédonie : trouble-fête du Pacifique ou site de l'entendement
interculturel franco-australien ? Le cas de Noumea
Sigrun Meinig — L'étrangéité et la maladie dans The Autograph Man de Zadie Smith
Marion Dufresne — Renan Demirkan et Emine Sevgi Özdamar, deux auteurs-acteurs d'origine
turque en Allemagne
DEUXIÈME PARTIE
Ludivine Royer — Interactions Culturelles et Représentativité
La fin du stéréotype noir/blanc dans la Tasmanie aborigène
Victor Oost — Quel Avenir pour le Multiculturalisme ? Résurgence du nativisme sous le
gouvernement de John Howard et échos du débat sur la 'diversité’ dans
des journaux de référence.
Sanne Kok — Entre Fleuves et Arc-en-Ciel. Le rôle de l’ethnicité dans la « nouvelle »
Afrique du Sud
Fouad Nohra — Une Représentation Négative de l’Interculturalité : La Théorie du Choc
des Civilisations
TROISIÈME PARTIE
Transgression Culturelle et Altérité
Louis Begioni — Cultures et stéréotypes : perspectives didactiques pour enseigner
l’interculturel
Clare Moss — Représentations sociales et apprentissage interculturel : Musique afroaméricaine
et Anglais de spécialité
Véronique Dziwniel — Entre basquitude et américanité : la quête identitaire des fils d’Aïtor aux
États-Unis
Nathalie Delgendre — L’amendement 31 au Colorado, la langue du conflit et la politique du choix
Isabelle Rufflé — Au-delà des Frontières, de l’Interculturalité
Vers l’américanisation du marché du travail en Irlande ?
Philip Christensen — Micro-MultinationalesAspects Culturels de la Mondialisation des Petites
Entreprises
Conclusion
Cornelius Crowley — Trop tard pour un engagement interculturel ?
Les contributeurs
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