À la 61e minute, 25e seconde de la Mort d'Empédocle, un lézard fait irruption en bas du champ et disparaît d'emblée. Il faut s’exercer, la perception aux aguets, pour qu’il ne passe pas inaperçu. Mais une fois qu’on l’a vu, on ne regarde et on ne pense plus le monde comme avant. Car pour Danièle Huillet et Jean-Marie Straub... Lire la suite
À la 61e minute, 25e seconde de la Mort d'Empédocle, un lézard fait irruption en bas du champ et disparaît d'emblée. Il faut s’exercer, la perception aux aguets, pour qu’il ne passe pas inaperçu. Mais une fois qu’on l’a vu, on ne regarde et on ne pense plus le monde comme avant. Car pour Danièle Huillet et Jean-Marie Straub (et pour Rosa Luxembourg) le sort d’un petit reptile a autant d’importance que le sort de la révolution.
Ce livre va ainsi à la rencontre d’une œuvre au pluriel de ses textes, de ses musiques (la têtue géométrie cézannienne comme aplat géologique de l’image), et sans auteur fixe : le nom propre est « l’appréhension instantanée d’une multiplicité » (Deleuze) et celle-ci un événement qui continue aujourd’hui pour les Straubs.
Chaque chapitre compose une carte mouvante, qui se répète et se modifie. Il s’agit d’une cartographie tout d’abord italienne, depuis les constellations des films-Pavese et Vittorini et d’un autre Dante exilé au paradis. Dès lors, on dérivera de l’ailleurs-dehors de l’Italie fasciste et « démocratique », post-fasciste (Fortini), à l’Allemagne nazie et « démocratique », post-nazie (Brecht), à l’Égypte nomadisée, mosaïque de Schœnberg, à ses révoltes trop tôt trop tard d’hier et d’aujourd’hui, à la Palestine hallucinatoire de Kafka… D’où l’interférence avec les visions de Godard ou encore avec le regard-désert d’Antonioni.
Donc, un livre-carte, dont les Straubs ne sont pas les sujets mais les passeurs, jusqu’aux derniers films en numérique qui extériorisent un réalisme psychique terrifiant et vivant… Image roche, sur roche, contre le saccage du capitalisme planétaire. Un lézard.
ÉDITORIAL
W. Asholt – Les relations franco-allemandes : entre passion et crépuscule
H. Uterwedde – Modèle allemand : un mythe peut en cacher un autre
Colloque international
Représentations transnationales de la fuite et de l'expulsion des Allemands après la Seconde Guerre mondiale (Allemagne – Pologne – République tchèque et Slovaquie)
L'actualité sociale par B. Lestrade
Comptes rendus
DOSSIER
Artistes plasticiens de retour d’exil en pays germanophones après 1945
Un dossier dirigé par Jean Mortier et Jacques Poumet
Avant-propos de J. Mortier et J. Poumet
J. Mortier – La situation des artistes plasticiens en zone d’occupation soviétique et en RDA (1945-1955)
A. Schätzke – « Aucune illusion » ? Retour des émigrés de Grande-Bretagne dans la jeune RDA
M. Patka – Le retour des couleurs. La rentrée au pays d’artistes autrichiens exilés dans le contexte culturel d’après la Seconde guerre mondiale
J. Bazin – Quelle contribution les artistes émigrés ont-ils apportée à l’art mural en RDA ?
T. Flierl – « Il me faut encore dix ans - je veux peindre le nouveau Reichstag » Le retour de Max Lingner en Allemagne
E. Gillen – Max Lingner et la logique de l’histoire. Notes au sujet du cycle « L’histoire révolutionnaire du peuple allemand »
E. Gillen – Identité juive et foi communiste. L’itinéraire de Lea Grundig, de Dresde en Palestine et de Palestine à Dresde, capitale de district de la RDA, 1922-1977.
J. Mortier – Heinz Lohmar de retour en Allemagne. La composition picturale à l’épreuve de l’engagement politique
M. Beauviche – La fin de la « querelle des images » ? Nouvelles approches nuancées du paysage pictural en RDA. Au sujet de trois expositions au Neues Museum à Weimar, au Anger Museum d’Erfurt et à la Kunstsammlung de Gera
Comptes rendus
Notes de lecture de J.-C. François